Le départ de Lyon
À Lyon, la nuit n’avait pas encore totalement cédé sa place au jour lorsque les premiers membres du Supermerguez International Cycling Club se retrouvèrent sur les quais du Rhône. L’air était frais, presque solennel, mais l’ambiance ne tarda pas à basculer vers quelque chose de plus… fidèle à leur réputation. Entre deux vérifications de pneus et quelques réglages de lumières, les discussions tournaient déjà autour de la stratégie, de la météo… et bien sûr de la pause merguez prévue quelque part dans l’inconnu.
Ils étaient huit ce matin-là, chacun avec son vélo, son sac, et ses doutes bien rangés derrière une bonne dose d’excitation. Car la Flèche Vélocio, ce n’était pas une simple sortie dominicale. C’était une promesse : celle de rouler ensemble pendant vingt-quatre heures, de Lyon jusqu’à Sault, à travers la nuit, le vent, et peut-être un peu de folie.
Le départ fut donné dans un mélange de sérieux et de blagues douteuses. Les premières heures furent presque faciles. La ville encore endormie leur ouvrait ses rues, et bientôt, ils filaient vers le sud, laissant derrière eux le tumulte urbain. Les relais s’organisaient naturellement, chacun prenant sa part de vent, chacun trouvant son rythme.
Mais déjà, quelque chose se mettait en place. Une mécanique invisible, faite de regards, de gestes, et de confiance. Car dans ce genre d’aventure, ce n’est pas le plus fort qui compte, mais le groupe. Et ce groupe-là, malgré ses airs de bande de joyeux drilles, commençait à montrer qu’il avait du cœur.
La route et les premières épreuves
Les kilomètres s’enchaînaient, et avec eux, les paysages changeaient. Les grandes lignes droites laissaient place à des routes plus sinueuses, bordées de champs et de petits villages encore silencieux. Le soleil montait, et avec lui, la chaleur. Les jambes répondaient encore bien, mais chacun savait que ce n’était que le début.
Les premières difficultés apparurent presque sans prévenir. Une côte un peu plus longue que prévue, un vent de face qui s’invite sans y être convié, une fringale qui arrive trop tôt. Rien de dramatique, mais suffisamment pour rappeler à chacun que la route serait longue.
C’est là que l’esprit Supermerguez prit toute sa dimension. Un mot d’encouragement, une blague bien placée, un gel partagé, et la machine repartait. On s’attendait au sommet, on ralentissait pour ne laisser personne derrière, on transformait chaque moment difficile en souvenir collectif.
À la mi-journée, une pause s’imposa. Les vélos furent posés contre un muret, les sacs ouverts, et les visages déjà marqués par les heures passées sur la selle. Et puis, comme un symbole, quelqu’un sortit un petit réchaud. Quelques minutes plus tard, l’odeur familière des merguez flottait dans l’air. Ce n’était pas prévu dans le règlement, mais c’était parfaitement dans l’esprit.
Ils repartirent avec le sourire, un peu plus fatigués, mais surtout un peu plus soudés.
La nuit, le doute et la solidarité
Le soir tomba lentement, enveloppant la route d’une lumière dorée avant de laisser place à l’obscurité. Les lumières des vélos s’allumèrent une à une, formant une petite constellation mouvante au milieu de nulle part. Le silence s’installa, seulement troublé par le bruit régulier des chaînes et le souffle des cyclistes.
La nuit, dans une Flèche, est un monde à part. Les repères disparaissent, le temps s’étire, et les sensations changent. Les corps commencent à accuser le coup. Les douleurs s’installent, discrètes puis insistantes. Les conversations se font plus rares, chacun plongé dans ses pensées.
Et puis il y a les moments de doute. Ceux où l’on se demande pourquoi on est là, pourquoi on s’inflige ça. Mais à chaque fois, il y avait quelqu’un pour relancer la dynamique. Une voix dans l’obscurité, un encouragement, une présence.
Un des membres eut un passage difficile, vers deux heures du matin. Plus de jus, plus d’envie. Le groupe ralentit sans discuter. On parla, on rit, on attendit. Et petit à petit, il retrouva le rythme. Parce qu’ici, abandonner n’était pas une option individuelle. On arrivait ensemble, ou pas du tout.
Cette nuit-là, ils comprirent vraiment ce qu’était leur club. Pas juste des sorties vélo, mais une équipe.
L’arrivée à Sault et ce qui reste
Les premières lueurs du jour furent accueillies comme une délivrance. Le froid piquait encore, mais la lumière ramenait avec elle une énergie nouvelle. Les paysages de Provence apparaissaient doucement, et avec eux, la promesse de l’arrivée.
Les derniers kilomètres furent sans doute les plus durs. Les corps étaient à bout, les visages tirés, mais personne ne lâchait. Sault n’était plus très loin. Chaque panneau devenait un objectif, chaque virage une étape.
Et puis, enfin, la ville apparut. Simple, presque discrète, mais pour eux, c’était un symbole immense. Ils franchirent les derniers mètres ensemble, comme ils avaient roulé depuis le début. Fatigués, oui. Mais surtout fiers.
Il n’y eut pas de cris, pas de grandes célébrations. Juste des regards, des sourires, et cette sensation étrange d’avoir vécu quelque chose de rare. Quelque chose qui ne s’explique pas vraiment.
Ils posèrent les vélos, s’assirent, et pendant quelques minutes, personne ne parla. Puis, évidemment, quelqu’un lança :
“Bon… on mange quoi ?”
Et les rires éclatèrent.
Car au-delà des kilomètres, de la fatigue et de la performance, c’était ça, le Supermerguez International Cycling Club. Une bande de passionnés, capables de transformer une épreuve exigeante en une aventure humaine, pleine de chaleur, de dérision… et de merguez.



